Microgreffes de cheveux

Etude de la repousse en fonction de la méthode utilisée

DR P. POIRIER (Nantes)

INTRODUCTION

A l'instar des autres domaines de la médecine et de la chirurgie, les techniques de greffe de cheveux ont fait des progrès considérables ces dernières années.

Il y a 20 ans, la technique du "punch standard" était la plus pratiquée. Elle avait l'inconvénient de donner un résultat peu naturel.

On est ensuite passé à la technique de la "bandelette" dans le but d'obtenir des micro-greffons folliculaires et de mieux répartir les cheveux en les éloignant les uns des autres dans la ligne antérieure.

Ses principaux inconvénients sont :

  • Un plus grand traumatisme de la zone donneuse (cicatrice),
  • La multiplication des manipulations et des sections,
  • L'obtention de greffons carrés, dont nous verrons plus loin les inconvénients,
  • La faible densité de la zone receveuse.

La technique des "MICRO-PRELEVEMENTS", présente de nombreux avantages :

  • cicatrices pratiquement invisibles de la zone donneuse,
  • micro-greffons cylindriques parfaitement intégrés dans leurs réceptacles de la zone receveuse,
  • moins de perte de follicules en per et postopératoire et donc une repousse des cheveux optimale.

Voyons les choses de plus près.

I - LA TECHNIQUE DE LA BANDELETTE

Elle consiste à découper dans la zone occipitale du cuir chevelu

  • soit une ou plusieurs ellipses obtenues avec une seule lame,
  • soit des petites bandes à l'aide d'un multi-lame, bandelettes que l'on coupera ensuite en micro-greffons carrés de 2 puis de 1 mm de côté.

Etudions les conséquences:

A/ AU NIVEAU DE LA ZONE DONNEUSE

  • Le geste est agressif. Le multi-lame créé sur son sillage une section des troncs vasculo-nerveux, provoque un saignement parfois abondant, nécessitant électro-coagulations ou sutures d'hémostase entraînant la nécrose de certains follicules.
  • Les multi-lames restent fixes, alors que l'obliquité des cheveux est variable. Il n'y a donc pas le respect rigoureux du parallélisme des follicules. (Fig 1)

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figure 1 - Section des micro-greffons au bistouri à lame

  • L'ablation de la bandelette entraîne la mise en tension des bords sectionnés lors de leur rapprochement, d'où une souffrance et partiellement une nécrose des follicules comprimés dans les points de sutures. Cette traction des berges provoque, après plusieurs mois, une cicatrice horizontale correspondant à la surface de section, doublée de cicatrices verticales correspondant aux points de suture soulignant une perte de follicules. (Fig. 2)

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    Figure 2 - Cicatrice et perte de follicule sur une bandelette (12 mois après l'intervention)

  • Dès son prélèvement, la bandelette se rétracte. La section des micro-greffons n'en sera que plus difficile.
  • De plus, la bandelette peut contenir des espaces de cuir chevelu moins denses contenant des cheveux télogènes qui seront éliminés inutilement lors du tri des greffons. (Fig 3)

Figure 3 - Espace de cuir chevelu moins denses contenant des cheveux télogènes qui seront éliminés inutilement lors du tri des greffons

  • La bandelette étant prélevée, la section des greffons reste à faire. De nombreuses manipulations et sections aboutiront à des greffons carrés entraînant les conséquences suivantes au niveau de la zone receveuse.

B/ AU NIVEAU DE LA ZONE RECEVEUSE

Comme, il est impossible de faire des trous carrés dans la zone receveuse, il n'y a que deux solutions: les fentes ou les trous ronds.

- les fentes

  • Outre la difficulté d'y insérer les micro-greffons, il se crée aux deux extrémités un vide qui peut se remplir de liquide sérosanguin favorisant la granulation donc la fibrose. (Fig 4)

 

Figure 4 - Micro-greffons carrés placés dans des fentes

  • De plus, les fentes favorisent l'intrusion ou l'extrusion des greffons.
  • Enfin, faire des fentes ne réduit pas la surface chauve. Elles ne font qu'ajouter de la peau à la surface chauve de la zone receveuse.

La technique des fentes ne peut se justifier qu'en première ligne ou dans certaines alopécies diffuses féminines.

- l'autre solution, ce sont les trous ronds

  • On constate que la paroi du site receveur comprime les angles du greffon carré contenant des follicules déjà fragilisés par leur position dans ces angles. De plus, les milieux des côtés laissent des micro-cavités qui, là aussi, peuvent devenir des foyers de granulation et de fibrose.(Fig 5)

 

Figure 5 - Micro-greffons carrés placés dans des trous cylindriques
  • Pour tenter de pallier à cette difficulté, la tendance actuelle est de diminuer à l'extrême la taille des greffons et à ne pratiquer que des transplantations cheveu par cheveu dites "transplantations folliculaires".

II - TRANSPLANTATION FOLLICULAIRE

La pratique du "tout folliculaire", a l'avantage de donner un résultat plus naturel. Sa faiblesse, même répétitive est la faible densité obtenue. Les raisons en sont géométriques, histologiques et biologiques.

- Le tout folliculaire augmente considérablement la surface de section.

  • Citons un chiffre : sur plusieurs séances 5000 micro-greffons folliculaires de 1 mm de côté correspondent à une surface totale de section de 1200 cm2 et un périmètre de section de 20 m. (Fig 6)

 

 

  • L'importance de cette surface de section ne peut que traumatiser les follicules qu'elle sectionne ou qu'elle isole et qu'augmenter considérablement la fibrose de la zone receveuse entraînant une moins bonne pousse des cheveux.

Histologiquement, on constate

  • l'impossibilité de sectionner un cuir chevelu sain sans couper certains follicules partiellement ou totalement, (Fig 7)
  • que ces follicules coupés, ou simplement situés en bordure de la coupe n'ont pas la vitalité de follicules intacts,
  • que l'isolement d'un follicule le fragilise et entraîne des séquelles traumatiques.
  • la souffrance d'un follicule placé dans un tissu fibrosé de la zone receveuse (cette fibrose est proportionnelle à la surface de section et à la répétition des transplantations (Fig 8)

Figure 7 - Impossibilité d'éviter la section de certains follicules

 

Figure 8 - Souffrance d'un follicule placé dans du tissu fibrosé

III - TECHNIQUE DES "MICRO-PRELEVEMENTS"

Elle consiste à prélever les micro-greffons un par un à l'aide d'un micro-bistouri circulaire fin et tranchant qui permet d'ISOLER D'EMBLEE chaque micro-greffon de la zone donneuse.(Fig.9)

Il est impératif que le micro punch soit d'excellente qualité

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Figure 9 - Les micro-greffons cylindriques sont prêts d'emblée

  • Le geste du micro-punch est peu agressif : les sutures sont évitées et l'hémostase rarement nécessaire.
  • Plusieurs mois après, on constate que, sur la zone donneuse, les cicatrices sont pratiquement invisibles.(Fig 10) (Fig 1 1)

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Figure 11 - patient opéré une première fois par la technique de la bandelette, puis 12 mois après par la technique du Micro-punch (par deux praticiens différents)

  • Le micro-punch permet l'adaptation parfaite de la direction du prélèvement à l'orientation variable des cheveux dans le cuir chevelu. Le parallélisme est respecté et donc l'intégrité des micro-greffons. (Fig 12)

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Figure 12 - Adaptation de l'orientation du Micro-punch à celle des cheveux à chaque section

  • De plus, grâce a une importante cryotumescence, on obtient une tension idéale réalisant une véritable "peau de tambour" de la zone donneuse, favorisant une coupe très précise et très facile du micro-punch.
  • Le micro-punch permet de choisir chaque greffon "in vivo", et donc de ne pas en prélever sur des zones moins denses ou angiomateuses par exemple. Celà permet de ne pas éliminer de tissu de prélèvement et surtout de ne pas perdre des cheveux télogènes. (Fig 13)

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Figure 13 - Le Micro-punch évite l'ablation de cheveux télogènes

  • La section du micro-punch est répartie simultanément et uniformément sur tout le périmètre du micro-greffon. Elle additionne une force de coupe circulaire entrainée à faible vitesse par le micro moteur et une force de pénétration qui suit l'axe du cheveu.
  • Dès le prélèvement au micro-punch, la section des greffons est réalisée : on n'a rien à recouper. Le micro-greffon est prêt. C'est un point important car il évite les manipulations supplémentaires, source de traumatisme donc de perte de follicules.
  • Le micro-greffon obtenu par le micro-punch est cylindrique. Quand on transpose des micro-greffons cylindriques dans des cavités elles-mêmes cylindriques, on constate que l'adaptation dans le site receveur est idéale, régulière et homogène (Fig 14): l'insertion est plus facile et au final l'implantation sera plus dense et plus naturelle.
  • De plus, la création des cavités cylindriques a l'avantage de réduire la surface chauve.

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Figure 14 - Facilité de pose des greffons cylindriques dans les trous cylindriques

Résultats :

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Figure 15 - Densité après 2 interventions au micro-punch

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Figure 16 - Densité après 1 intervention au micro-punch

 

Figure 17 - Alopécie féminine diffuse densité après 2 interventions au micro-punch

 

CONCLUSION

Pour toutes ces raisons :

  • moindre traumatisme,
  • respect des follicules,
  • meilleure adaptabilité des micro-greffes dans le site receveur,
  • densité capillaire supérieure,

la technique des micro-prélèvements alliée à des conditions chirurgicales rigoureuses doit rester la technique de base des transplantations capillaires.

 

Dr. P. Poirier - Micro-greffes de cheveux, étude de la repousse en fonction de la méthode utilisée, La Revue de Chirurgie Esthétique et du Syndicat National des Chirurgiens de Chirurgie Esthétique, Tome XXIV, Numéro 101, décembre 2000

Copyright : Dr. P. Poirier

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